"Prix plancher" dans l'agriculture : une mauvaise nouvelle pour les consommateurs ? | TF1 INFO

LCI - 26/02
[VIDÉO] Emmanuel Macron a évoqué l'idée d'instaurer un "prix plancher" sur les matières premières agricoles.Une manière, selon lui, de "protéger le revenu" des agriculteurs.Si elle voit le jour, cette mesure aura-t-elle des conséquences sur le porte-monnaie des ménages ? - "Prix plancher" dans l'agriculture : une mauvaise nouvelle pour les consommateurs ? (Économie) - TF1 INFO

Emmanuel Macron a évoqué l'idée d'instaurer un "prix plancher" sur les matières premières agricoles.
Une manière, selon lui, de "protéger le revenu" des agriculteurs.
Si elle voit le jour, cette mesure aura-t-elle des conséquences sur le porte-monnaie des ménages ?

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Le Salon de l'Agriculture 2024 sous haute tension

C'est une idée loin d'être nouvelle, remise au goût du jour par Emmanuel Macron. En visite au Salon de l'agriculture samedi 24 février, le président de la République a annoncé qu'il envisageait de prendre de nouvelles mesures pour calmer la gronde des agriculteurs. Le chef de l'État a ainsi formulé l'objectif "qu'on puisse déboucher" sur "des prix planchers qui permettront de protéger le revenu agricole".

Ces "prix planchers", a-t-il esquissé, seront fondés sur des indicateurs déterminant ce que coûte à un agriculteur la production d'un kilo de viande bovine ou mille litres de lait, vantant "la chose la plus engageante qu'on n'ait jamais faite". Si les contours de cette mesure restent flous, elle pose déjà de nombreuses questions.

Un plancher... qui devient un plafond ?

L'objectif des "prix planchers" est clair : interdire aux industriels d'acheter à un prix trop bas afin de mieux rémunérer les agriculteurs français. Reste que cette mesure, repoussée par la majorité à l'Assemblée nationale en octobre 2023, présente plusieurs limites pour les producteurs. La première ? Elle risque de tirer les prix des matières premières... vers le bas. "Si le prix plancher devient un point de repère, et que tous les industriels achètent à ce prix-là parce que la loi le dit, cela devient embêtant", met en garde sur LCI Nicolas Chabanne, fondateur de "C'est qui le Patron ?!", le marque de produits alimentaires qui promet une "juste rémunération" aux agriculteurs (voir vidéo en tête de cet article).

Le "prix plancher" ne doit pas devenir "le prix de référence", ni "le prix plafond", avertit de son côté Anne-Catherine Loisier, sénatrice de Côte-d'Or et corapporteuse du texte sur la loi Egalim, dans les colonnes du Parisien. Car si une partie des agriculteurs sont confrontés à des difficultés de pouvoir d'achat, tous ne vendent pas leur production au même prix. "Par exemple, du lait de montagne engage des coûts" supplémentaires, et est donc mieux rémunéré, illustre Nicolas Chabanne. "C'est compliqué de dire à un producteur qui a l'habitude d'être payé un peu plus cher qu'il va revenir à un prix plus bas."

Et si les industriels ne veulent pas acheter ?

Autre limite : si le "prix plancher" garantit un revenu minimum pour le producteur, encore faut-il vendre ses produits. Or, "ce sont les industriels qui font le choix de s'approvisionner sur le marché national, européen ou international", pointe auprès de TF1info Karine Daniel, sénatrice PS de Loire-Atlantique et spécialiste de l'économie agricole. En cas de "prix planchers" supérieurs au marché, les industriels pourraient se tourner vers des importations moins onéreuses. "Dans un marché commun, un prix plancher ne peut être opérant qu'au niveau européen", assure l'élue.

Pour que les agriculteurs ne se retrouvent pas avec des invendus sur les bras, l'État pourrait leur venir en aide. "Il faudra alors que le gouvernement s'engage à racheter les excédents (de production) avec de l'argent public", avertit Sophie Thoyer, directrice de recherches en économie de l'agriculture à l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRAE), interrogée par TF1info. Une hypothèse quasiment impossible à imaginer, alors que le gouvernement cherche surtout à réaliser des économies. "S'il ne le fait pas, il offrira un pouvoir de négociation aux industriels sur les agriculteurs qui voudront vendre leur production." Les agriculteurs se retrouveront alors en position de faiblesse, "et les prix s'effondreront".

Le consommateur va-t-il payer la note ?

En outre, si les "prix planchers" sont plus élevés que les tarifs actuellement en vigueur entre agriculteurs et industriels, il faudra bien que quelqu'un paie la différence. Les Français, au bout de la chaîne, devront-ils dépenser plus à la caisse de leur supermarché ? "Probablement", répond Sophie Thoyer, puisque les marques répercuteraient la hausse de leurs coûts sur le prix de vente. "Si les industriels voient que leurs ventes en rayon diminuent, il y aura peut-être une petite réduction de leurs marges, mais je ne sais pas si elle compenserait la hausse du prix", tempère-t-elle.

Cette hausse, hypothétique, pourrait surtout permettre aux Français de payer le juste prix de leur alimentation. "Le consommateur ne paie pas le prix de l'alimentation auquel il devrait le payer", poursuit la directrice de recherche à l'INRAE. "L'alimentation coûte plus cher à la production que ce que nous acceptons de payer."

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